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Mots français anglais le 06/12/2025 à 23h57


Ces mots qui ont un sens différent en français et en anglais

D’où nous vient la forme actuelle des mots ? Quel est leur point d’origine, et qu’est-ce qui modifie la façon de les prononcer, leur orthographe ? Et surtout, que signifient ces mots ?
Parfois perdue, la signification d’un mot peut n’avoir qu’une relation très lointaine avec les lettres qui le compose. Il faut souvent remonter à des temps immémoriaux, revenir aux traditions orales, voire aux origines de l’humanité pour comprendre comment un objet, une action ou un sentiment ont pu être nommés. Les mots traversent les âges et les distances en changeant de sens, déformés par les populations qui les adoptent.
Ce travail d’archéologue est sans doute plus simple quand ils tentent de retranscrire un son « naturel ». C’est le cas lorsque le nom d’un oiseau se réfère au bruit qu’il fait en claquant du bec, comme pour la cigogne. Du latin cicōnia \ki.ˈkoː.ni.a\, ce volatile noir et blanc se manifeste bruyamment en claquant trois fois son bec orange. Le son qui en sort lui a donné son nom. Mais d’une langue à une autre, le son entendu peut se traduire différemment. Par exemple, la vache fait « meuh » en français, mais elle fait « mooh » en anglais et « muh » en allemand.

Un coq complètement « Lost in translation »

Comment pourrait-on continuer à se comprendre sans partager une « base » de vocabulaire ? Chaque pays, région ou groupe de personnes invente des mots et s’en approprie d’autres. Les échanges culturels et commerciaux brassent les langues et contribuent à diffuser ces signes tout autour du globe. Il en résulte un métissage qui peut ajouter de nouvelles significations à un mot, voire entrainer un contre-sens. L’ambiguïté ne facilite pas la compréhension, surtout quand un mot voyage en dehors du temps et de l’espace qui l’a vu naître.
Selon le fameux mythe de la tour de Babel, la multiplicité des langues aurait été décidée par Dieu pour empêcher la réalisation d’un bâtiment qui devait toucher le ciel. Quand ils se comprennent, et parlent une langue commune, les hommes arriveraient soi-disant à dépasser la force divine. Depuis l’époque biblique, l’être humain a continué à fabriquer toutes sortes de bâtiments très hauts, et même des machines qui peuvent traduire à la volée des phrases d’une langue à une autre. Le mythe n’est sans doute pas aussi vrai qu’il paraissait à l’époque. Au vu des guerres qui font rage tout autour du globe, force est de constater que les peuples ne se comprennent toujours pas, même avec un robot traducteur. D’ailleurs, savez-vous quelle est l’origine du mot robot ? Il vient du tchèque « robota » qui désigne un travail rébarbatif.

Présenté à la cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts pour illustrer le mot, le robot créé pour le film Metropolis de Fritz Lang a inspiré le droïde de protocole « C-3PO » dans le film "Star Wars".

Vous arrive-t-il d’être amusé par une phrase sortie de son contexte ? Le double sens qu’ont certains mots a un effet risible. Le rire nait parfois de la rencontre improbable entre des mots qui n’ont rien à faire ensemble dans une phrase. Ou bien lorsqu’on confond des mots qui ont des sens différents, voire diamétralement opposés. Comme le décrivait Henri Bergson dans « Le Rire », le comique que le langage crée est généralement intraduisible. Mais celui qui connait le sens d’un mot dans deux langues différentes se retrouve dans le rôle du spectateur d’une comédie dont il verrait les coulisses. La mécanique de la traduction, plaquée sur une langue par définition vivante provoque parfois des accidents franchement drôles. « Se laisser aller, par un effet de raideur ou de vitesse acquise, à dire ce qu’on ne voulait pas dire ou à faire ce qu’on ne voulait pas faire, voilà, nous le savons, une des grandes sources du comique » disait le philosophe. Les erreurs de traduction sont courantes, elles sont souvent liées au fait que le traducteur ignore le contexte dans lequel se trouve le mot à traduire ou qu’il n’a pas eu le temps nécessaire pour finir son travail. Me voilà dans la position du spectateur polyglotte, lorsque je lis des textes traduits de l’anglais et constate des erreurs, souvent involontaires. Car les deux langues ont une origine assez proche, principalement latine, mais les sociétés dans lesquelles elles ont évoluées se sont un peu éloignées.

La clé à laine

Commençons par l’erreur du débutant, les faux-amis. Ces pièges à éviter quand on est un élève francophone font partie du programme enseigné par les professeurs d’anglais. En effet, certains de ces mots ressemblent beaucoup à leurs cousins français mais n'ont pas vraiment le même sens. Par exemple « actually » qui fait penser à « actuellement » mais signifie « en fait ». Autre exemple assez connu, le verbe « to deceive » ne signifie pas « décevoir », comme la plupart de collégiens le pensent, mais « tromper ». D’ailleurs, il arrive aux suisses romans de dire : « j’ai été déçu en bien », ce qui revient un peu au même.
Plus les mots se ressemblent, à l’écrit ou à l’oral, et plus il est aisé de confondre le sens de l’un avec l’autre. « Deliver » peut faire penser à « délivrer » dans le sens de libérer mais signifie « livrer » dans le sens de fournir un objet ou un service. « Library » est souvent traduit en « librairie », alors qu’il s’agit de la bibliothèque.
« Medicine ». Le sens du mot n’est pas très éloigné de notre « Médecine ». Il s’agit d’un traitement médicamenteux tout simplement. « Pavilion ». Même si le pavilion semble être une belle maison de deux étages en banlieue, ne vous y trompez pas. En anglais ce mot signifie plutôt une tente ou un petit bâtiment.
« Policy », ouvrez c’est la police ! Alors que non, c’est la politique dans le sens de « règles à suivre ». Par exemple la « car policy » est la stratégie d’une entreprise quant aux véhicules automobiles.
« Brilliant ». A peu de choses près, on imagine que ça brille. Et ça fait même des étincelles, puisque ce mot désigne une personne talentueuse, originale ou tout simplement géniale.
« Survey ».Cela signifie un questionnaire, et non pas une surveillance, même si l’objectif est quand même de surveiller ce que pensent les gens à qui on pose des questions.

« You are for me for me for me formidable » Charles Aznavour

Passons au niveau supérieur mais dans le même registre. Avez-vous déjà cru entendre un mot français prononcé par un Anglais ? « Oui » et « We » par exemple sont des homophones car ils ont la même prononciation dans les deux langues. Il en existe déjà beaucoup en français, exemple : « Un ver vert dans verre en verre ». Imaginez alors le quiproquo provoqué par ces sons quand ils sont communs aux deux langues. Ces mots se prononcent de la même façon, mais n’ont pas toujours la même orthographe.

Steppe, baille Steppe


Le célèbre Artie Shaw

La plupart de ces mots n’ont pas la même signification, ni la même origine d’ailleurs. On peut confondre à l’oral ces sons qui nous semblent familiers avec d’autres mots ou des noms propres. Ils provoquent une confusion car ils n’ont souvent aucun rapport entre eux.

Une pause thé entre « potes »

Allons-y gaiement, sans en faire l’inventaire :
  • Arme/Arm. En anglais, le bras se dit « arm » et vient du mot « earm ». L’arme vient quant à elle du latin « arma ».

  • Bête/Bet. En latin, « bestia » désigne l’animal sauvage. Un « abetement » est une manière d’attirer un animal avec un appât, il faut donc être une bête un peu bête pour se laisser prendre au piège. Le terme a été diminué par « bet » en anglais pour parler de la somme qu’on mise pour parier sur un évènement. En faisant un pari stupide on rapproche donc un peu les deux significations.

  • Cache/Cash. Le « cash » vient d’un mot français : la caisse, cette boite dans laquelle on cache son pognon. Le verbe cacher quant à lui vient du mot latin « coacticare ».

  • Casquette/Casket. La casquette se dit « cap » en anglais, ce qui provoque quelques quiproquos entre les deux langues. Le mot « casket » est quant à lui utilisé pour désigner le cercueil en anglais. Il vient du français « cassette » qui désignait la boîte à bijoux. Le soin mis progressivement depuis quelques siècles dans la fabrication des boîtes destinées à accueillir le corps d’un défunt est peut-être à l’origine de ce glissement entre ces deux significations.

  • Charte/Chart. Document destiné à recueillir des règles à appliquer, le mot vient du latin « Charta » (document, papier, acte). Le mot anglais « chart » est parti de la même origine, mais celle-ci a dérivé en « carte », puis en document « graphique » de manière générale. Aujourd’hui, un « chart » est une image qui vient à l’appui d’une explication, qu’il s’agisse d’un histogramme, un organigramme ou tout autre représentation graphique. Imaginez donc la perplexité d’un anglophone quand on lui parle de « charte graphique ».

  • Corne/Corn. La corne, cette excroissance située sur le crâne de certains animaux, vient du latin « cornu », une pointe. Le maïs, « corn » en anglais quant à lui est un abus de langage puisque le mot désignait toute sortes de graines. Les visiteurs du nouveau monde en découvrant le maïs au 16ème siècle ont commencé à l’appeler « graine indienne » ou "indian corn", puis les américains ont progressivement raccourci le mot en enlevant « indien ». A croire que faire disparaître les indiens est leur grande passion

  • Exotique/Exotic. La lettre « x » dans ce mot nous informe sur son origine grecque. Tout ce qui vient d’ailleurs est exotique. Pour les anglophones, le terme est en partie péjoratif car il fait référence à des stéréotypes xénophobes. Employé seul, il peut donc évoquer une danse suggestive.

  • Fabrique/Fabric. Une usine peut fabriquer des objets, et notamment du tissu. Cela tombe bien, car « fabric » désigne le tissu. Par ailleurs « tissue » en anglais désigne le mouchoir, sans doute pour nous rappeler que ces objets étaient autrefois lavables et réutilisables.


  • Glace/Glass. Du latin glacies, qui désigne le glaçon, le mot signifie également le miroir, et l’aliment (sorbet et crème glacée). Du vieil anglais « glaes », glass désigne à la fois la matière transparente issue de la fusion des grains de sable, et l’objet qui sert à boire depuis au moins le 13ème siècle.


  • Plume/Plum. Pour rester léger, ayez un appétit d’oiseau. La plume vient du latin pluma, mais la plume servait de stylo depuis l’antiquité. C’est donc tout naturellement qu’elle désigne également l’écrivain. En anglais, plum est un dérivé de prunum (la prune). Dans les gâteaux (un peu) indigestes des anglais, les puddings, la prune a une place de choix. Par contre, le « plum pudding » ne vous aidera pas à flotter dans les airs.


  • Poule/Pool. Une poule, c'est un petit animal, le mot latin dont il est l'origine est "pulla". Mais une "pool", c'est une petite étendue de liquide (du mot hollandais "poel" ou "pfuhl" en ancien allemand) et par extension une piscine. Il n’est pas étonnant dans ces conditions qu'une poule soit mouillée.


  • Route/Root. La route vient du latin rupta : briser. L’expression latine rumpere viam signifie ouvrir une route, et c’est naturellement qu’il a été utilisé en français depuis le 12ème siècle pour parler d’un chemin, d’une direction ou d’une voie. En anglais, le mot root vient de Scandinavie, où rót désignait les racines d’une plante.


Le délicieux Mac "Fleuri"

Une phrase qui contiendrait plusieurs de ces mots n’aurait pas beaucoup de sens pour une personne dont ce n’est pas la langue. Imaginez sa tête après lui avoir lu ce texte : « une bête passe, arme à la main, elle traque une poule qui guette et se cache dans une cabine sous la glace pour éviter la mort ».

Nice !

Allons plus loin et intéressons-nous aux mots orthographiés exactement de la même façon dans deux langues. Ce sont des homonymes. Le langage parlé n’est pas seul à nous induire en erreur. A l’écrit aussi certains mots « faux jumeaux » provoquent des interrogations et peuvent nous faire ressentir une dissonance. Par habitude, un mot qui nous est familier peut être mal interprété, ce qui crée une ambiguïté.

Cette enseigne de fast-food ne pourrait pas s’exporter en France.

Agenda. Être à l’agenda signifie avoir un rendez-vous en anglais. Le mot latin signifie « les choses à faire », mais le mot d’origine a dérivé vers une organisation rationnelle avec des dates, des heures, un calendrier, un planning, un cahier des charges, des réunions, et des burn-out !

Attend. Le mot latin « attendere », « tendre son esprit vers », a dévié en français pour prendre le sens de « patienter ». Mais en anglais, même si le mot peut être utilisé aussi pour cela, il a une signification plus courante qui est le fait d’assister ou de participer à un évènement.

Averse. Étymologie du latin « versare » qui signifie faire couler, ce mot désigne une très grosse pluie. En anglais le mot vient du latin « aversus » (adversaire). De là à faire du mauvais temps votre ennemi, il n’y a qu’un pas.

Baby-foot. A n’en pas douter, si vous parlez de football à un Américain il pense immédiatement à ces gros homards couverts de protections qui foncent les uns sur les autres, pas à nos milliardaires en shorts qui poussent un ballon avec leurs pieds. Le mot « foot » va lui faire penser à un pied, mais alors si vous ajoutez le mot « baby », là vous êtes sûr de ne pas avoir la même définition que lui. Car pour la plupart des anglophones, le baby foot est un joli pied de bébé. A contrario, on vous souhaite bon courage pour expliquer la « baby shower » à un francophone, littéralement une douche pour bébé (mais surtout un évènement organisé à la naissance d’un enfant).

Balance. Dans l’argot français, une balance, un caphteur, une poukave, ou plus simplement un rapporteur (non, pas l’instrument qui sert à mesurer les angles) est une personne qui dénonce des faits qui devaient rester secrets. En anglais, le mot « balance » désigne cet équilibre qui existe entre les deux plateaux de l’objet qui sert à mesurer le poids. Les anglophones associent plutôt le mot « scales » pour parler de la balance « objet », ce qui se rapporte d’ailleurs assez de l’« échelle » en français. Encore une bonne raison de se perdre dans la traduction.

Basket. Étymologie : du latin bascauda (panier ou set de table tressé), le mot a été repris par l’anglo-normand « bascat » puis a servi à désigner le panier en anglais. Par extension, le jeu dans lequel on jette un ballon dans un panier est devenu le basket-ball. Au pluriel en français, le terme a été réduit en « baskets » et désigne les chaussures qui servent à jouer à ce sport ou à marcher dans la rue.

Bond. My name is ? Le nom du célèbre agent secret est un terme anglophone qui sert à désigner le lien qui existe entre des objets ou des idées. A l’origine, le mot était écrit « band » en anglais ancien, mot qui nous parle un peu plus quand on évoque la « bande adhésive » ou le groupe de musique. Le mot jumeau français est issu du verbe « bondir », du latin bombire qui signifie « bourdonner ».


Bride patte, le chien du célèbre acteur

Bride. Une laisse, qu’elle soit au sens propre (celle qui permet de retenir un animal) ou au sens figuré (surveiller de façon très possessive), c’est le contraire de ce qu’il faut utiliser pour retenir la personne qu’on aime. A l’origine, le mot « bride » désigne le harnais qui sert à diriger un cheval. Il a dérivé vers des mots comme « bretelles » par exemple. En anglais, c’est du mot « braut » en allemand ou « bruid » en néerlandais, désignant une femme qui vient de se marier que « bride » est né. D’aucuns pensent que ce mot dérive de « brew », qui désigne une des tâche assignée à la jeune épouse. Preuve que ce sacré patriarcat est bien ancré dans le langage quotidien !

Cane. La femelle du canard, c’est la cane. Mais en anglais ce mot signifie la canne, avec deux « n ». D’où ma question, pourquoi y a-t-il souvent une tête de canard sur le pommeau des cannes ?

Cap. C’est un roc ! C’est un pic ! C’est un cap ! Hé non, ce n’est rien de tout cela en anglais, et pas même une « cape » dans un film de cape et d’épée. Le mot désigne surtout une casquette ou une capuche dans la langue de Shakespeare (et pas celle d’Edmond Rostand).

Car. Étymologie : du latin « quare » (c’est pourquoi), mais également du latin « carrus » devenu « char » en français, puis « car » pour désigner un bus, et « car » en anglais pour désigner la voiture.

Caution. Du latin cautio (précaution), c’est en français une somme que l’on place pour servir de garantie. Mais caution en anglais signifie de ma manière plus générale la prudence dans toutes les situations dangereuses.

Chair. Faire bombance, bonne chère, un petit gueuleton, un dîner aux chandelles, quelle que soit l’expression, vous serez d’accord pour dire que cela nécessite de s’asseoir sur une chaise. La chair, la viande, vient du latin « carnem », mais la chaise vient du mot « kathedra » en grec, devenue chaire en vieux français (ne me demandez pas comment) puis « chair » en anglais.

Chance. « Bon chance », répond le kidnappeur de la fille de Bryan (Liam Neeson dans le film « Taken ») dans un français approximatif. Mais la chance n’a pas le même sens pour les anglophones qui parlent plutôt de « luck » (du néerlandais « geluk » qui désigne un bonheur lié au hasard). Pour un anglophone, la chance est surtout un synonyme de possibilité ou de probabilité. On l’utilise au pluriel, par exemple : « quelles sont les chances ? » pour évoquer cette notion en français.


Chat. Le chat est un animal-star sur internet, on le trouve partout, il nous attendrit, nous faire rire. Dans la Rome antique, on trouvait deux mots pour le désigner : cattus (proche de « cautus » qui signifie « rusé ») et félis (voleur). Mais le tchat, c’est autre chose. Chatter en anglais signifie bavardage, une façon de parler informelle et vue de manière péjorative. Ne dit-on pas « clavarder » en français ? Allons plus loin, pour évoquer les mauvaises habitudes que le tchat implique. Pensons au harcèlement, à l’anonymat des réseaux sociaux et aux conséquences que cela engendre. Mais il ne faut pas non plus résumer la technologie à ces dérives. Bien sûr, on ne pourrait plus imaginer une vie sans ces conversations banales. Ne sont-elles pas ce qui rend la vie plus supportable ? On peut donc rapprocher les deux mots par ce qu’ils désignent, un animal ou une habitude, ils portent en eux le meilleur comme le pire.


Chips. Les deux policiers à moto de la série TV éponyme seraient bien d’accord, les chips sont des frites ! De quoi provoquer un quiproquo si vous faites un tour en Californie et qu’on vous propose des chips avec votre hamburger.

Commercial. Quand on est un bon vendeur, on peut refourguer n’importe quoi à n’importe qui. Et c’est d’ailleurs l’objectif car « commercial » désigne désormais exclusivement une publicité en anglais.


Un con-plot

Con. Du latin cunnus (le sexe féminin). L’étymologie en anglais est bien différente, c’est l’abréviation du mot « confidence » qui signifie tromper ou arnaquer, et en deuxième sens du latin « contra » à opposer au « pour ».

Course. 3, 2, 1, partez ! Ah mais non pas si vite. Du latin « cursus », la course est l’action de courir. Mais au 14ème siècle chez les anglophones, le mot a finalement dévié de sa course pour désigner une séquence d’évènements, le parcours d’une rivière, le déroulement d’un repas ou une suite de trous sur un parcours de golf.

Douche. Du latin « ductus » (conduit), ce mot désigne un jet d’eau destiné à l’hygiène corporelle. En anglais, il a d’abord été utilisé pour la même signification avant de prendre un tournant moins prestigieux. Il servait à parler d’un jet d’eau utilisé pour des raisons médicales, puis d’une poire à lavement. Enfin dans le langage courant, « douchebag » est une personne qui fait le même effet qu’une poire à lavement : un(e) emmerdeur(se).


Fade. Quand un repas n’est pas à votre goût, qu’il manque de piment, on le trouve fade. Et quand on apprécie peu la compagnie de quelqu’un, on dit qu’il faut se le « fader ». Du latin vulgaire « fatidus », insipide, le mot est entré dans la langue de Shakespeare au 14ème siècle en prenant un autre sens. Il s’agit de désigner ce qui devient pale, ou ce qui perd sa couleur. Il en est de même pour les mots et des objets, ils perdent de leur vigueur avec le temps.


Figure. Du latin figura, le mot désigne la forme extérieure d’un corps. Mais il a ensuite servi à d’autres usages, comme le fait d’utiliser un style particulier dans l’écriture. C’est vers le 19ème siècle que le mot a dévié dans le monde anglo-saxon pour désigner le fait de réaliser des calculs arithmétiques. « Figures » est le synonyme d’un indicateur statistique dans la plupart des entreprises qui communiquent en anglais.

Gore. Étymologie : gor en germanique désigne quelque chose de sale, couvert de sang. Plusieurs significations se sont développées parallèlement en anglais : sang versé, terrain de forme triangulaire ou percer un trou avec un objet pointu. En français, le gore désigne plus particulièrement un genre cinématographique horrifique avec beaucoup de sang versé.


Grave. Du latin gravis, ce qui est lourd, sérieux et digne, qui a donné le mot grief, il désigne d’abord ce qui a du poids. Puis le mot a rapidement pris une signification différente au sens figuré, en désignant ce qui est sérieux, important, digne ou sévère. En musique on l’utilise pour signifier ce qui est le contraire d’aigu, pour les sons de basse fréquence. Mais en anglais, le mot graef qui désigne une grotte, un fossé, une tranchée ou une tombe a dérivé pour s’écrire « grave » et qui signifie donc l’emplacement dans lequel on a enterré un corps, ou parfois juste la pierre tombale qui est en général assez gravement lourde.

Impression. D’origine latin « impressio » (l’action d’appuyer sur quelque chose) elle prend au sens figuré l’effet qu’une cause produit sur l’esprit. En français on l’utilise principalement pour décrire l’action d’appliquer de l’encre sur une surface plane, mais en anglais ce mot signifie surtout réaliser une imitation.


Match. A ma droite, une allumette fragile mais qui peut faire de grands dégâts, à ma gauche, une rencontre sportive qui oppose deux adversaires. Le résultat de la rencontre ? Un partout, la balle au centre. En effet, à l’origine, la « mèche » est d’origine française et permettait d’éclairer la nuit. Elle a dévié de sa route pour désigner en anglais ce petit bout de bois au bout duquel est déposé une matière inflammable. Quant à la compétition, le « match » est un mot anglais utilisé depuis le XVIème siècle pour comparer des partenaires, et évoque une rencontre. Mais dans cette situation les anglophones préfèrent parler de « game », pour éviter de confondre avec l’allumette et avec un autre sens que le mot a pris avec le temps. Hé oui, retournement de dernière minute, l’anglais remportent la partie dans les arrêts de jeu ! Car vous le savez sans doute, « to match » est avant tout un terme qui désigne la correspondance parfaite, par exemple quand on pose la dernière pièce d’un puzzle. Et pour les utilisateurs d’applications de rencontres, « matcher », en bon français, est un terme qui évoque l’étincelle qui allumera peut-être le feu de la passion amoureuse.

Occupation. Parti de la même origine latine occupatio, le mot n’a habituellement pas le même sens en français et en anglais. Voici donc un bon exemple des dérives du langage. L’occupation est le fait de prendre possession (d’un lieu, d’un objet) ou d’être pris par les affaires ou les soucis. Les anglais l’utilisent principalement depuis le 14ème siècle pour désigner le fait de travailler pour gagner sa vie. Avoir une occupation n’est pas un loisir, c’est presque le synonyme de la réalisation d’une destinée. En français le mot a pris une connotation négative car il est associé à la présence de l’armée allemande en France et de ses conséquences pendant la seconde guerre mondiale.

Or. Du latin aurum, le mot a dérivé en ore, puis or qui désigne la matière précieuse. Mais ce mot a une autre sens, qui vient du latin « hac hora » (à cette heure). En anglais, c’est une contraction du mot « other » qui a donné le mot « or » (ou).

Pain. En français, il vient du latin panem, alors qu'en anglais il vient du latin poena (qui signifie peine) et donc évoque la douleur.


Patron. Le grand patron, en français, désigne un chirurgien. Mais le sens le plus courant de ce mot s’applique aux dirigeants, aux propriétaires de petite ou moyenne entreprise. En latin, pater (le père) a donné naissance à plusieurs mots comme le patrimoine, paternalisme, patriarcat, etc. Le sens du mot patron en anglais est assez proche de chez nous mais a connu de multiples dérivés qui sont principalement : un protecteur, un sponsor ou un mécène, un client. De quoi s’y perdre quand on arrive aux US sur un parking réservés aux patrons !


Pond. Un œuf, frais pondu du jour. En latin, ponere signifie déposer, et les animaux ovipares posent leurs œufs, ils pondent. Le hasard faisant bien les choses, il a fallu qu’un autre mot s’écrive exactement pareil. En anglais, pound désigne un enclos. Mais vers le 13ème siècle, le mot est devenu « pond » et signifie l’étang artificiel ou non. Imaginez qu’un pont passe au dessus et vous m’aurez définitivement perdu.

Pour. Du latin pro (en faveur de). En anglais du latin purare (qui a donné pure, purée), le mot a dérivé pour désigner le fait de verser quelque chose d'un contenant à un autre.

Relief. Étymologie en français du latin relevare (relever) dans le sens de la variation de niveau d’une surface, idem en anglais mais dans le sens de l’assistance portée à une personne dans le but de la relever.


Ride. Vous connaissez l’expression, les voyages forment la jeunesse, et quand on reste jeune, c’est qu’on a pas pris une ride. Un ride par contre, ce n’est pas un signe de vieillesse en anglais, mais une balade à cheval, sur une moto ou une bicyclette. Du germanique « ridan », ce mot n’a donc rien à voir avec les plis de la peau qui se forment avec l’âge.

Sale. En français, il vient du mot d’origine ancien-haut allemand « salu » (pâle, trouble, terne), alors qu'en anglais il vient du mot proto-germanique « salō » (livrer) dans le sens échanger des biens ou des services. Quand des vêtements portent une mention « not for sale », ils ne sont pas forcément propres.

Scooter. Le verbe to scoot (démarrer rapidement) a été décliné en scooter pour tout appareil a deux roues qui démarre vite. Ce mot sert plutôt aujourd’hui en anglais à désigner les trottinettes. Les francophones ont gardé ce mot pour décrire les deux roues motorisées de type Vespa.

Short. Du latin curtus (court ou coupé) le mot a servi en français à désigner cette culotte courte que les anglais appellent « shorts ».
Sketch. Du grec schedios, le mot désigne une œuvre esquissée ou rapidement exécutée. Le mot a fini par prendre une signification différente en anglais (dessin rapide) et en français (séance de composition comique).

Slip. L'origine du mot vient de l'allemand « slippen » (glisser). « Slip on »(enfiler un vêtement en anglais) a été repris par « slip » en français pour désigner ce caleçon utilisé pour la pratique du sport.

Son. Il y a déjà trois utilisations de ce mot en français :1/un adjectif possessif (du latin suus), 2/la sensation auditive (du latin sonus), 3/ le résidu de la mouture provenant de l’enveloppe des grains (du latin secundus). On peut donc ajouter une quatrième signification en anglais : celle du fils de (de l’ancien anglais sunu).

Imaginez un texte composé de ces mots, il risque de ne pas être compris car il faudrait déjà savoir dans quelle langue il est écrit !
Un ours en short se tape une sale impression, car il attend sa chance pour le match or il prend sa douche sous une averse, puis il balance son pain dans un coin. [0] 


Optimum pâte à tartiner le 18/04/2025 à 00h40

J’ai gardé peu de souvenirs de mes cours de sciences économiques. Etudiant médiocre à l’université Louis Pasteur de Strasbourg en 1994, je m’accrochais pour suivre le rythme. Est resté dans ma mémoire le livre de Hal R. Varian « Introduction à la microéconomie » que l’un de nos professeurs tenait particulièrement à nous faire lire. Nous l’avons donc tous acheté, mais je me souviens surtout d’avoir parcouru le premier chapitre une bonne quinzaine de fois sans vraiment le comprendre. Il fallait avoir un bon niveau en mathématiques, ce qui n’était pas mon cas (j’avais réussi de justesse à obtenir un bac économique). J’étais donc entré dans cette faculté sans réunir les compétences nécessaires pour suivre le cursus. Les rares bribes qui me reviennent aujourd’hui sont aussi imprécises que les évènements qui ont jalonnés mes jeunes années, à savoir des images floues entourées d’une brume épaisse. Mais je repense parfois à la méthode mathématique qui sert à trouver le meilleur fournisseur. Il s’agit de trouver celui qui présente la meilleure qualité au meilleur prix.
En comparant les deux paramètres sur un graphique à deux axes (l'échelle de la qualité est inversée), on peut facilement décider quel produit ou service choisir pour maintenir un niveau suffisant de qualité à moindre coût. L’offre la plus avantageuse est celle dont le point est le plus proche de l'origine des axes.
C’est en cherchant une pâte à tartiner qui comblerait le mieux mes attentes que je me suis rappelé de cette méthode. Quel est le meilleur choix ? Existe-t-il un produit qui combinerait les critères attendus en termes de goût, de texture et de qualités nutritionnelles ? Y a-t-il un moyen pour éviter de dépenser une fortune dans l’achat de cette délicieuse gourmandise ?
Suivez-moi dans cette aventure palpitante, sur un chemin où seules vos papilles peuvent vous guider.



Et d’abord, qu’est-ce qu’une pâte à tartiner ? Y a-t-il une définition qui fait consensus ? On parle généralement d’un aliment à la texture onctueuse, souvent sucré (parfois salé) et/ou contenant de la matière grasse (huile, beurre, …). On peut donc dire que la confiture, la compote, certains fromages et le pâté de campagne entrent dans la catégorie. Oui mais là, je m’insurge. La pâte à tartiner c’est sucré, c’est gras, ça s’étale sur du pain mais surtout, ça se mange à la petite cuillère ! Voici une manière de segmenter le marché qui correspond à ma vision subjective (cœur sur vous):

Au-dessus d’un certain taux de sucre, même s’il en faut, le mélange devient très vite écœurant, et n’est pas bon pour la santé. Au-dessus d’un certain taux de gras, la texture devient désagréable. Elle tapisse la paroi buccale et gêne la déglutition. Il faut donc trouver le juste équilibre. L’éléphant dans la pièce : le Nnnuutellllla !
La pâte à tartiner au chocolat et aux noisettes est sans contestation possible la meilleure représentante de cette catégorie. Un quart de la production mondiale est consommée en France ! La concurrence tente de grapiller des parts de marché, on peut citer "Rigoni di Asiago" qui a été attaquée en justice par Ferrero en raison d'une campagne de publicité comparant leurs produits (Ferrero a perdu son procès). Mais les parents n’ont pas trop le choix, ne serait-ce qu'au niveau du prix. Et les enfants ont choisi leur camp : au petit-déjeuner, au goûter, c’est Nutella et rien d’autre. Et on les comprend, car chaque bouchée est vraiment réconfortante. Pas la moindre amertume, aucune acidité, et un fondant incomparable.
Et si nous comparions les produits disponibles sur le marché pour savoir s’ils ont raison ? Voici les différentes pâtes à tartiner que j’ai testées pour vous (ne me remerciez pas).
Après une longue et fastidieuse recherche, j’ai constitué la liste des lauréats en fonction de certains critères.

Critère N°1 : Taux de sucre/prix au kg
Nom du lauréat : Beurre de cacahuètes creamy (Menguy’s)
Sans surprise, le beurre de cacahuètes est faible en sucre et il est vendu à un prix assez attractif. A quelques encablures on trouve donc d’autres beurres de cacahuètes au sommet de ce comparatif. Par contre, n'essayez pas de le manger à la petite cuillère. J'ai essayé une fois et j'ai failli m'étouffer. Heureusement que j'avais un verre d'eau à portée de main !
Du point de vue nutritionnel, la cacahuète a beaucoup d’effets bénéfiques sur la santé : elle est riche en protéines, en minéraux et en vitamines. Attention cependant à l’allergie aux arachides. Elle est très courante (entre 1,5 et 3% des enfants du monde occidental), vérifiez donc d’abord que vous n’êtes pas concerné si vous voulez éviter un séjour aux urgences. Les réactions peuvent aller de la douleur abdominale à la crise d’asthme sévère.

Critère N°2 : Matières grasses/prix au kg
Nom du lauréat : Pâte à tartiner OUF! Cacao noisette (Funkie)
Le pari est réussi pour cette pâte à tartiner « sans ingrédients bizarres ». Elle reste très basse en matière grasse, et c’est un exploit. La marque introduit en effet des haricots rouges pour la texture. De plus, grâce au sucre de fleur de coco à l’indice glycémique faible, « Ouf » (j’enlève les majuscules et le point d’exclamation) arrive à rester dans la moyenne basse des taux de sucres pour des pâtes à tartiner au chocolat de la même gamme. Seule ombre au tableau, vous devrez garder le pot réfrigéré car les ingrédients ne sont pas naturellement conservateurs à température ambiante.

Critère N°3 : Qualité/prix au kg
Nom du lauréat : Speculoos pâte à tartiner (De Belgen)
Originaire du plat pays, le producteur « De Belgen » introduit des biscuits speculoos dans sa pâte comme un moyen de faire baisser le prix. En effet, dans le contexte actuel d’inflation (sous-production de fèves de cacao suite au dérèglement climatique, spéculation) il convient de trouver des alternatives au chocolat. L’apport en matières grasses est fourni principalement par l’huile de palme, ce qui peut sembler assez cynique quand on sait ce que ce produit entraîne comme conséquences (voir le paragraphe à ce sujet), mais cela permet de serrer les prix au maximum.

Vous retrouverez tous les chiffres dans le fichier joint. Attention, les prix sont fluctuants, il y a souvent des promotions sur ces produits, mais c’est le prix sans réduction qui est utilisé dans les comparatifs. Et pour ce qui concerne les notes, hé bien vous vous en doutez, c'est moi qui ait servi d'arbitre.
Mon palmarès (sans huile de palme)
Alors bien sûr, vous allez me dire, c’est bien beau tout ça. Mais est-ce que le petit dernier va accepter de changer ses habitudes ? Son visage ne va-t-il pas se déformer et exprimer un pathétique dégoût dès la première bouchée enfournée de « c’est quoi ce truc » ? C’est bien possible, et il faudra composer avec la capacité très limitée à changer de vos enfants. Mais rien ne vous empêche d’essayer. Et si l’offre pourtant pléthorique du commerce ne répond pas à vos attentes, il vous reste une solution. On constate que les meilleures recettes tournent toutes autour des proportions suivantes dans leurs composition : 1/3 de sucre, 1/3 de gras, 1/3 d’ « autres choses » (protéines, fibres,…). En partant de ce postulat, voici quelques recettes qui vous permettront de fabriquer vous-même une pâte à votre goût :

Recette de la pâte cacahuètes spéculoos
Voici ma première recette en mode « best-of ». Afin de réunir le meilleur des mondes, pour un prix raisonnable, je vous propose ici de mélanger les ingrédients présents chez les lauréats : beurre de cacahuètes, biscuit spéculoos et chocolat.
Ingrédients :
Beurre de cacahuètes creamy La Vie Claire 250g
Biscuits speculoos « Lotus » 125g
Chocolat noir 25g
Huile de noisettes ou de graines de sésame 10 Cl
Un peu d’eau (pas trop si vous voulez la conserver hors du frigo)
Couper le chocolat en morceaux et casser les biscuits en petits morceaux dans un bol. Ajouter un peu d’eau à ce mélange et le faire chauffer au micro-ondes. Ajouter le beurre de cacahuètes et l'huile puis mixer finement le contenu. Verser le résultat dans un grand pot à confiture ou une boîte de type Tupperware.
La conservation va de quelques jours à quelques semaines à l’abri de l’air et de la lumière.

Recette de purée d’amandes au miel (Amlou marocain)
Cette pâte à tartiner est connue sous le nom de Nutella marocain, mais elle ne contient pas de cacao. Les berbères préparent ce mélange depuis des temps immémoriaux car il présente de nombreuses vertus. Il se conserve très longtemps, améliore le transit intestinal, joue un rôle dans le bon fonctionnement du système cardio-vasculaire. L’ingrédient qui confère sa texture à cette pâte est l’huile d’argan, plus connue dans la cosmétique que dans l’art culinaire. Arbre emblématique du Maroc, l’arganier est menacé car il ne pousse que dans une zone géographique très précise. Son fruit contient une amande qui sert à produire la fameuse huile.
Ingrédients :
Purée d’amandes 300g
Miel liquide (ex : acacia) 180g
Huile d’argan 50g (il est possible de la remplacer par de l’huile de noisettes)
Mélanger les ingrédients puis mixer-les finement pour bien les mélanger. Laisser reposer quelques minutes avant de consommer


N'oublions que l'important est de se faire plaisir, même si vous devez avoir en tête les deux problèmes majeurs liés à la consommation excessive de ces produits.
Le problème environnemental
La fève de cacao est produite par un arbuste qui nécessite des conditions particulières en termes de chaleur et d’humidité pour pousser. Par conséquent, les zones de production et de consommation sont très éloignées ce qui confère à la culture du chocolat un bilan carbone assez catastrophique. Pour produire un kilo de cacao, on émet en moyenne 23 kilos de CO². On peut citer également le thé et le café qui partagent les mêmes défauts sur ce sujet. Ajoutons à cela les nombreux pesticides utilisés, et les perturbations du climat qui rendent les récoltes de plus en plus aléatoires. C’est la raison pour laquelle des alternatives au chocolat sont recherchées dans les recettes de pâtes à tartiner. On peut citer la noix de caroube, qui demande très peu d’eau et dont la culture ne demande pas de traitement aux pesticides. Il existe également un substitut à base d’avoine et de graines de tournesol.
Les huiles, nécessaires à la texture fondante de la pâte, sont essentielles dans la fabrication de la pâte à tartiner. Cependant, afin de réduire les coûts de fabrication, on a observé la part d’huile de palme augmenter dans notre alimentation notamment dans les produits transformés comme le Nutella. En effet, elle est beaucoup moins chère à produire que la plupart des autres sources de matières grasses. En Indonésie, premier producteur mondial, les conséquences sur l’environnement et la biodiversité sont nombreuses. Les monocultures provoquent des ravages dans l’écosystème et nécessitent l’utilisation de produits phytosanitaires. Les producteurs mettent le feu pour créer de nouvelles parcelles, créant un important dégagement de gaz à effet de serre. Les animaux sauvages perdent leur habitat. Les populations locales voient leurs cultures vivrières s’étioler et la manne financière générée par la culture du palmier leur échappe complètement. Problème majeur pour notre santé, cette huile est riche en acides gras saturés et favorise les dépôts graisseux dans les vaisseaux sanguins.
A consommer avec modération
L’Anses (agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) préconise d’éviter de dépasser une dose de 100g de sucres par jour. Au-delà ce ces limites, les risques de diabète mais également de cancer sont nombreux.
Pour les lipides, il convient de séparer le « mauvais » gras (acides gras saturés) du « bon » (acides gras essentiels). Pour schématiser, on situe l’huile de palme dans la première catégorie, et les huiles de colza, noix et sésame dans la seconde. D’autre part, il est recommandé de limiter les lipides dans l'apport énergétique à 35-40 % de son alimentation. Les risques à moyen et long terme sont nombreux en cas de non respect de ces règles de bon sens. Du surpoids aux maladies cardio-vasculaires (première cause de décès en France), la surconsommation de pâte à tartiner peut évidemment provoquer des effets délétères. La composition des pâtes à tartiner chocolat et noisette

Bonne dégustation ! [0] 


30 ans sur internet le 02/05/2024 à 00h06


On oublie vite qui on était. Mais on oublie tout aussi vite la personne qu’on avait pensé devenir un jour. Parfois, j’ai l’impression de voir ma vie défiler sous mes yeux, comme si j’en étais le spectateur. C’est pourquoi j’essaye de rattraper le temps qui passe en documentant mes expériences. Et s’il y a bien eu un tournant technologique dont j’ai été le témoin, c’est celui de l’arrivée des ordinateurs personnels, et de son corollaire plus tardif, la mise en place d’une connexion universelle entre lesdits appareils. En un mot, c’est l’internet qui a bouleversé mon existence, ainsi que celle de millions de personnes dans le monde entier. Il serait même impensable aujourd’hui de ne pas être connecté au réseau mondial en permanence. Au point qu’il existe un droit à la connexion, au même titre qu’existe un droit à l’eau potable, à un logement ou à l’électricité. On entend par là que chaque citoyen français doit pouvoir accéder à internet quelle que soit sa situation ou l’endroit où il se trouve. A moins de vouloir entreprendre une « détox digitale », de s’appeler Amélie Nothomb ou d’exercer son droit à la déconnexion (surtout pour les salariés qui ne peuvent plus se mettre à l’abri des sollicitations de leur employeur), on n’imagine plus vivre sans l’internet. Mais alors, comment est-on passé progressivement d’un monde non connecté (en fait beaucoup plus que ce qu’on imagine) à un monde hyperconnecté ? Quels ont été les bénéfices de ces avancées majeures dans la manière de communiquer ? De quoi a-t-on le droit de se méfier à propos de ces outils et des dérives qu’ils entraînent dans notre quotidien ? Et d’un point de vue personnel, qu’est-ce que cette technologie a bien pu changer en moi ? Dit-on le ou la wi-fi ? Ce sont toutes les questions que je me pose depuis plusieurs mois, et auxquelles je vous propose de répondre dans ces quelques lignes.

I. Les portes s’ouvrent (1994-1998)
: la recherche de tout…
:… et n’importe quoi ?
Acteurs incontournables : Yahoo, Netscape, ICQ
Ce que cela a changé en moi : j’étais informé avant tout le monde de certaines informations très spécifiques

Les premiers pas dans un univers inconnu nous marquent forcément un peu. Mais quand je dis univers, j’évoque un monde complètement différent de celui auquel nous sommes habitués aujourd’hui. La page d’accueil du moteur de recherche Google n’existait pas il y a trente ans. Peu ou pas de vidéos, une expérience exclusivement sur ordinateur. Les smartphones ayant été démocratisés il y a à peine quinze ans. Des écrans cathodiques pour afficher l’interface et une expérience pour le moins frustrante. Mais déjà un ensemble de règles étaient fixées : l’accès gratuit (du moment qu’on paye le fournisseur d’accès et la connexion téléphonique), les adresses URL, des pages qui contiennent des liens, des e-mails, des newsgroups, des sites FTP. Et puis aussi des libertés prises avec les droits d’auteur, car tout se partage gratuitement. C’était un peu le Far-West pour geeks qu’on imagine aujourd’hui sans nostalgie. Les rares utilisateurs qui publiaient du contenu faisaient partie d’institutions, d’entreprises et il y avait aussi quelques informaticiens amateurs. Le grand public attendait sans le savoir que l’application des protocoles se simplifie pour pouvoir entrer. Il fallait en effet passer quelques heures dans un manuel pour bien comprendre comment tout cela fonctionnait. Les ordinateurs personnels n’équipaient pas encore la plupart des foyers, et il fallait posséder un modem connecté à la prise téléphonique pour commencer à surfer sur le W.W.W. (world wide web). Or, la prise en question était bien souvent posée dans l’entrée des logements et pas dans les chambres où se trouvait l’ordinateur. Il fallait bien souvent tirer un fil et percer un trou dans un mur avant d’arriver à naviguer sur internet. Attendez, ce n’est pas fini, le modem se connectait uniquement si on avait bien réglé tous les paramètres TCP/IP (manuellement sinon ça ne serait pas drôle). Ce modem parlons-en. Il émettait un signal sonore assez caractéristique au moment de la connexion. Après avoir essuyé quelques échecs pour une raison qu’on ignorait souvent, on finissait par être relié à un réseau d’autres ordinateurs décrit à l’époque comme une « toile mondiale ». La promesse de cet internet préhistorique était : « demande, et tu seras exaucé ». C’était vrai, pour peu qu’on paye au prix fort. Il fallait pour commencer avoir installé un navigateur, pour ma part c’était Netscape.
On récupérait ces logiciels sur des disquettes (ou des CD-ROM) la plupart du temps. Une fois l’application ouverte, on devait saisir l’adresse URL du site que l’on souhaitait visiter, y compris le « http://www. ». On trouvait les adresses dans des magazines ou des livres évoquant les « pages jaunes d’internet », ce qui parait dingue aujourd’hui. Même si les moteurs de recherche existaient, ils étaient assez peu efficaces. Puis, après avoir trouvé enfin un site, on devait s’armer de patience. Je regardais parfois les images se charger ligne par ligne au rythme escargrotesque d’une image par minute. Un peu comme quand on a vu le visage de Mitterrand se dessiner sur les écrans de télévision le soir du 10 mai 1981 lors de l’élection présidentielle, à part qu’il s’agissait surtout de corps dénudés sur le site playboy.com pour ce qui me concerne. Mais au fait à quoi ressemblait le résultat à l’époque ?

Quant au reste des sites accessibles, autant vous épargner l’illusion d’un paradis perdu. C’était moche, et pas tellement interactif. La plupart des écrans restitués nous paraissent aujourd’hui totalement désuets. Des lignes de texte illisibles, des couleurs criardes, des images qui ne se chargeaient pas au moment où on le souhaitait, la mise en page évoluant au fur et à mesure de la réception des éléments. Des plug-ins qui manquaient rendaient le contenu « illisible ». Oui c’était à peu près ce à quoi on pouvait s’attendre quand on cliquait sur un lien. D’où l’hésitation qu’on pouvait avoir avant d’enfoncer son doigt sur le bouton de la souris. On jugeait à partir de quelques lignes du résultat de recherche Yahoo ou Altavista s’il se pourrait bien que nous tombions enfin sur l’information tant convoitée. La quasi-totalité était en anglais bien sûr. Gare aux accents et autres cédilles qui n’étaient pas souvent reconnus. Une chose que l’on regrette de cette ère des débuts d’internet, c’est l’absence de publicité. L’origine universitaire et militaire du réseau donnait peut-être aux créateurs de contenus des remords à ajouter un banal bandeau destiné à promouvoir des chips sur leur page. J’avais de plus en plus de compagnons de route et mon carnet d’adresses e-mails est passé de zéro à cent en quelques années.
Et Google est arrivé bien sûr…

II. L’arrivée du grand public (1999-2006)
: la création de contenu, les sites deviennent beau
: l’accès relativement cher (matériel, connexion,…), les virus, la pub !
Acteurs incontournables : Google, Internet Explorer, Emule, Napster
Ce que cela a changé en moi : je prends goût à partager mes préoccupations, je télécharge beaucoup de films et de musique

Après cette première expérience en tant que consommateur, j’ai pu me mettre à fabriquer des pages. Ma page personnelle a été mise en ligne à ce moment-là sur mon site free.fr.
J’y parlais de mes voyages, de mes obsessions pour la photographie, le japon. J’ai ensuite essayé des techniques comme le javascript. Et comme j’aimais expérimenter, je créais des pages qui s’animaient, tombaient du haut de l’écran de manière réaliste et rebondissaient comme des balles en caoutchouc. Je m’amusais dans mon coin, mais dans le même temps les sites devenaient de plus en plus interactifs, ergonomiques, remplis de contenus. C’était vraiment beaucoup plus professionnel qu’aux débuts. Les messageries et forums permettaient d’échanger des messages avec des personnes qui partageaient la même passion que nous. On entrevoyait aussi la possibilité qu’un jour ces écrans remplaceraient le papier sous toutes ses formes (journaux, lettres, affiches,…). C’était le crépuscule d’un ancien monde auquel on assistait. Pour bénéficier de ces nouveautés il fallait bien sûr être connecté et savoir où chercher. J’étais à la recherche de l’âme sœur, et c’est sur le site « Netclub » que j’ai fait mes premiers pas sur un site de rencontres amoureuses. Pour moi qui n’aurais jamais osé adresser la parole à une femme autrement, c’était un moyen de dépasser ma timidité. Je pouvais nouer des liens avec d’autres personnes que celles qui croisaient mon chemin sur mon lieu de travail.
Les photos de profil étaient tellement minuscules à l’époque qu’il était pratiquement impossible de savoir à quoi allait ressembler la personne à qui on avait donné rendez-vous. Même si je n’ai pas rencontré l’amour avec Netclub, les échanges que j’ai pu avoir à ce moment-là ont eu une grande influence sur ma maturité sentimentale. Au-delà des messageries et des divertissements, ce sont les entreprises des médias, et les grands groupes industriels ou bancaires qui ont commencé à investir dans le web. Mais cette révolution ne touchait encore ni les pays en voie de développement, ni les enfants, ni les personnes âgées (qui gloussaient en entendant le mot « ordinateur »). D’un seul coup, aussi rapidement qu’il est possible de prononcer les quatre lettres « ADSL », les personnes autrefois réticentes se sont équipées d’un PC portable, en tout cas celles qui pouvaient se les offrir. Le site Médiamétrie donne une idée de la progression observée à cette époque.

La nouvelle méthode de connexion, permettant une vitesse de téléchargement plus rapide et son aspect illimité popularisé par Free rendait tout cela attractif. Pour les plus chanceux, l’accès à des chaînes de télévision en branchant une box à son téléviseur est devenu possible. Et ce n’est pas tout, on pouvait désormais passer des coups de fils (la plupart des téléphones fixes avaient des fils) sans penser au coût que cela pourrait engendrer. Ces numéros de téléphone fournis avec l’abonnement et qui commencent par « 09 » permettaient désormais d’appeler de manière illimitée un autre poste fixe (pas les téléphones portables).
C’était évidemment révolutionnaire. Presque de manière parallèle, les sites de vente en ligne se sont développés, même si le commerce en ligne n’en était qu’à ses balbutiements. Il s’agissait surtout d’attirer le client en boutique IRL (in real life). On était encore assez réticent à donner son numéro de carte bleue ! La pub arrivait partout, et Google prenait la place de leader de cet univers. Cette manne financière a entraîné la création de sites qui ont pris la place d’une concurrence vieillissante, notamment dans les médias. C’était aussi le début du piratage de masse du contenu musical et cinématographique. En France, l’arrivée de Free a ouvert la voie vers l’abonnement illimité, ce qui n’était pas forcément la norme dans le reste du monde. Le wifi s’est généralisé dans les foyers, rendant possible le « surf » sur internet depuis son canapé. Cette foule de nouveaux utilisateurs a attiré des parasites prêts à fondre sur ces béotiens. Les arnaques se sont développées à grande échelle, ainsi que les virus. Ceux-ci touchaient principalement les PC, les ordinateurs Apple étaient plutôt épargnés car ils ne représentaient qu’un faible pourcentage du marché. De mon côté, j’étais un utilisateur assidu d’eBay, afin d’acheter et revendre aux enchères des objets afin d’économiser quelques sous.
Et je téléchargeais beaucoup de musique et de films hollywoodiens sur le logiciel "emule".
Les utilisateurs étaient de plus en plus nombreux, et exigeants. Mais tout n’était pas aussi fluide et ergonomique que cela. Et il restait quand même une marche à grimper, celle du partage de contenu.

III. L’âge de raison (2007-2011)
: la vidéo arrive enfin, les Smartphones, la simplification administrative
: les trolls, les réseaux sociaux contrôlent nos vies
Acteurs incontournables : Firefox, Facebook, Twitter, Youtube, Wikipedia
Ce que cela a changé en moi : je développe une vision biaisée du monde

Comment envoyer les photos du petit dernier à toute la famille alors qu’il fallait un quart d’heure pour charger les fichiers? En effet, l’envoi de données était très lent même si dans le meilleur cas le téléchargement allait assez vite (parfois aux alentours de 512 Kb/s). Facile ! Il suffit d’augmenter progressivement la capacité d’envoi de données, ce qui sera le cas au cours des années 2000. Mais surtout, puisque les êtres humains s’intéressent surtout à eux-mêmes, en tout cas la plupart d’entre eux, où se trouvait donc l’individu dans cette soupe technologique de plus en plus lucrative ?
Facebook a répondu à cette question de la façon la plus logique, en mettant en place une plate-forme de partage, au départ assez rudimentaire, mais qui avait l’intérêt de laisser une libre place à l’égo. Ce petit frisson ressenti par chaque membre qui recevait un « like » a lancé les réseaux sociaux sur les chapeaux de roues. Et cet espace ne contenait plus simplement le récit passionnant des vacances de ses cousins, mais également des photos et des vidéos de celles-ci. De quoi alimenter la compassion, les liens familiaux…hmm et aussi les jalousies et les convoitises. Micro-blogging, échanges de conseils ou confessions étaient au menu. Et Facebook n’était plus seul sur le marché. Ces réseaux se sont développés comme des champignons sur du pain de mie. Avec la vidéo, ce qui n’était au départ que quelques secondes d’images animées allait devenir une lucarne sur la vie de millions de gens.
Youtube nous offrait tout à coup le quart d’heure de célébrité dont parlait Warhol. Les plus doués se sont engouffrés dans la brèche pour influencer une audience de plus en plus atomisée. Car le point de vue et les opinions diverses se sont exprimées pour le plus grand bonheur des personnes qui ne se sentaient jamais représentées.
J’ai commencé à raconter ma vie sur un blog en juin 2011, surtout des images de mon quotidien et mes réflexions sur le monde qui m’entourait. L’inconvénient de ce mode d’expression est bien sûr la concurrence entre les sources d’information et l’anonymat* relatif des personnes qui s’expriment. Les journalistes ont quant à eux le rôle d’informer le public, d’enquêter, de vérifier l’information avant de la publier. Ils suivent donc des règles que le citoyen lambda n’a pas besoin de respecter. L’ouverture d’un nouveau mode d’expression, de diffusion de contenu visible par tout le monde, permet à tout un chacun d’affirmer ce qui n’est prouvé par rien. Cette tendance se vérifie sur l’encyclopédie participative Wikipédia, mais elle est contrebalancée par la veille régulière d’une communauté de contributeurs et leur souci d’exactitude qui permet des corrections rapides et précises la plupart du temps. Ce n’est pas le cas dans la plupart des sites qui permettent un mode d’expression plus libre ne nécessitant pas de justification des propos tenus. Et justement, puisque la preuve n’existe pas toujours, on peut y dire ce qu’on veut. Et pour couronner le tout, si je ne trouve pas la preuve de ce que j’affirme, c’est que la vérité est cachée. CQFD. Certaines personnes ont pu également fabriquer des preuves de ce qu’ils avancent afin de combler un vide. Il n’y avait rien de mieux à faire puisqu’il était impossible de les trouver ! Il suffit donc de quelques minutes pour trouver des sites internet qui évoquent une thèse controversée (les chats sont des espions extraterrestres, la Lune est creuse, les ondes 5G provoquent le cancer,…). Je peux donc étayer des soupçons concernant une vérité alternative grâce à des informations trouvées sur internet, alors que les médias traditionnels ne semblent pas s’intéresser à mes obsessions. Et l’argument imparable en faveur de sa totale impartialité est que chaque auteur d’article a le statut d’amateur. Il est totalement bénévole, et il semble fournir des efforts considérables pour obtenir ces résultats. A l’inverse, le journaliste est payé par une entreprise qui peut voir d’un mauvais œil le fait de dire une vérité qui dérange.

C’est dans cet état d’esprit que j’ai commencé à nourrir des griefs contre Nicolas Sarkozy. J’imaginais des barbouzes, chargées de faire taire la vérité. Je voyais de la corruption, du chantage, et une manipulation des foules, ce dont le journal télévisé se gardait bien de nous informer. Comment ce chef d’état arrivait-il à garder secret des crimes aussi abominables² ? D’ailleurs je n’étais pas le seul à y croire, car il se trouvait presque toujours un individu qui s’exprimait sur un obscur blog pour dire la même chose que moi. J’ai fini par me libérer de cette paranoïa en me posant les bonnes questions, afin de trouver les raisons pour lesquelles j’étais à ce point à la recherche d’un bouc-émissaire. En effet, j’étais mal dans ma peau, à cause d’une situation familiale compliquée et à des soucis à mon travail.

* : L’anonymat a existé dès l’invention des premiers moyens de communication. On ne souhaite, ou on ne peut pas toujours s’exprimer en son nom, surtout quand on prend des risques à le faire. En temps de guerre, on crypte ses messages pour éviter qu’ils soient lus s’ils sont interceptés par ses ennemis. Mais quelle est la valeur d’un message si vous ne savez pas qui l’a écrit ? Quand on porte un masque, on se protège des attaques ad hominem, des risques pour ses proches et ses amis. Mais on prend également le risque de tomber dans le piège de l’inconséquence. Si rien de ce qu’on dit ne peut nous porter préjudice, alors on finit par croire qu’on peut dire tout et n’importe quoi en signant d’un pseudo. Les propos diffamants, les pensées les plus stupides, les rumeurs les moins fondées ont commencé à circuler. Les conséquences dans la vraie vie ont été démultipliées. Même si elles existaient déjà, les dénonciations calomnieuses, le harcèlement, les violences verbales et l’escalade des échanges conflictuels ont pris une autre dimension. Ces phénomènes ont des issues dramatiques parfois : blessures, meurtres, suicides. C’est le prix de la liberté d’expression même s’il est parfois lourd à porter. Pour illustrer cette tendance, selon un rapport de l’institut Montaigne en 2020, 56% des français de 11 à 20 ans déclarent avoir été victimes de cyber violence au moins une fois au cours de leur vie. Et les victimes sont bien souvent des femmes et ces violences s’expriment particulièrement au sein des couples.

² : Il est devenu quasiment impossible de ne pas savoir ce qu’il se passe, partout, tout le temps, notamment grâce aux mouchards électroniques que sont devenus les téléphones. Dans ce contexte, sait-on encore laisser la place aux secrets ? On vit dans une ère de communication tous azimuts qui donne le sentiment d’être autorisé à donner son avis en permanence. La stricte intimité n’existe plus vraiment puisque l’absence d’information est synonyme de page blanche sur laquelle tout un chacun peut poser sa marque. Le temps des sympathiques paparazzis qui tournaient autour d’une star de cinéma est bien loin. Aujourd’hui, une cohorte de voyeurs assoiffés de rumeurs peut se jeter de manière synchronisée sur la victime d’un « bad buzz ». Peut-on supporter encore de ne pas tout savoir sans soupçonner un complot ? La vie privée existe encore mais elle s’effiloche à mesure que la notoriété augmente. Un professeur d’histoire-géographie, la responsable d’un call-center, une médecin-généraliste, tout un chacun peut se voir visé par les ennemis du secret. Et si vous n’avez pas les compétences pour réagir avec décence et mesure, s’ajoute à l’attaque une condamnation unanime de la façon d’y répondre avec vulgarité, violence et/ou légèreté.

IV. L’adolescence (2012-2019)
: la maturité d’un nouveau média
: une obligation d’être sur internet pour exister
Acteurs incontournables : Instagram, Bitcoin, Tik Tok, Netflix
Ce que cela a changé en moi : je crée un site de pari sportif, je finis par accepter d’être médiocre

Le financement par la publicité, qui avait fait naître tellement de plateformes et de sites web florissants, ne faisait plus autant recette. Des bloqueurs de pubs permettaient aux utilisateurs d’échapper facilement à la vision de ces bandeaux envahissants. Et le grand-public n’était plus attiré par ce type l’expérience du « surf », assis sur une chaise de bureau et devant un ordinateur de couleur beige.
Il était devenu beaucoup plus simple de se promener sur la toile avec comme seule interface un écran tactile. Avec l’arrivée du smartphone, et des tablettes peu après, il n’était plus nécessaire de mettre en route une machine volumineuse pour accéder aux informations dont on avait un besoin immédiat. Les réponses obtenues avec Google étaient tellement pertinente qu’il ne servait plus à rien de se souvenir de détails insignifiant. Une recherche et je retrouve quelques secondes plus tard ce que j’avais oublié (la recette du gratin dauphinois par exemple). A force de moins se servir de sa mémoire, on finit par la perdre un peu. Et pour ce qui concerne mes souvenirs ? L’accumulation de photos, vidéos, messages, rendez-vous, etc… a entraîné la création d’une masse de données personnelles. On peut estimer la multiplication par mille de l’espace nécessaire pour tout stocker en l'espace de dix ans. Tout est mémorisé et stocké pour éventuellement servir plus tard. On peut retrouver en un clic une information (date, nom, lieu, personnes présentes,…). Et ces données ne sont pas présentes que sur un disque dur, mais désormais elles sont aussi dans le « cloud ». Et l’arrivée de la connexion par fibre optique a bien sûr amélioré grandement la rapidité des échanges de données, afin de supporter le poids des photos de plus en plus précises et des vidéos en haute définition. Plus aucun détail n’échappe aux objectifs. Et internet n’oublie rien, mais il serait parfois utile d’oublier, surtout nos pires humiliations, les drames et les évènements douloureux qui jalonnent nos vies.
J’étais sceptique quant à la capacité de ces technologies à être autre chose que des outils permettant d’amplifier une tendance qui existait déjà, ou de dévoiler un talent qui se serait exprimé même sans elle. Mais de nombreuses personnes se sont ralliées à la « pensée computationnelle » à cette époque. Cette croyance en une logique mathématique qui permettrait de résumer la complexité d’un monde non binaire s’est ancrée dans nos pensées. L’ordinateur pourrait remplacer l’être humain dans la plupart des domaines de la connaissance et de la pensée ?
Un peu à contretemps, je me suis intéressé à la création de sites d’e-commerce. Je m’initiais à la programmation, et au professionnalisme dans la création de contenu, sans l’atteindre.
J’ai ouvert un site de paris sportifs gratuit en 2010, mais je n’y ai rien gagné sinon une distraction dans ma vie un peu ennuyeuse.

La tendance des mensonges à se multiplier sur certains sites, présente depuis plusieurs années car inscrite dans les gênes de ce nouveau média a eu tendance à s’industrialiser. Une armée de trolls* s’est consciencieusement appliquée à développer des thèses toutes plus délirantes les unes que les autres. Parfois, ce travail a été financé par des états peu scrupuleux afin de servir leurs intérêts. La loi dite de Brandolini² s’est donc trouvé vérifié plusieurs milliers de fois par heure. A quoi servent ces articles qu’on peut qualifier rapidement de « complotistes » ? D’abord à obtenir de l’attention, ensuite à avoir de l’influence, à créer le doute dans l’esprit du lecteur, à discréditer un ennemi. La série « Mr Robot » fournit une vision assez cauchemardesque de ce dont est capable une armée de hackers dirigés vers un objectif commun. L’application systématique de recettes éprouvées peut servir une propagande, la spéculation (en hausse depuis l’arrivée de cryptomonnaies), des intérêts militaires ou économiques. Un évènement sanitaire mondial est venu mettre un peu de désordre supplémentaire dans cette équation déjà complexe.

* : les trolls sont des internautes qui ont un comportement dénigrant, agressif, insultant ou les trois à la fois.

² : Brandolini énonce que "La quantité d'énergie nécessaire pour réfuter du baratin est beaucoup plus importante que celle qui a permis de le créer". Vérifier des thèses absurdes peut donc demander tellement de temps et de travail qu’il vaut mieux parfois ne pas répondre à un argument complètement farfelu sous peine d’être enseveli sous ceux-ci.

V. La maturité (2020-2024)
: le télétravail, les données qui nous simplifient la vie, l’immersion (RV, RA)
: l’addiction aux notifications, la perte de concentration, le coût énergétique
Acteurs incontournables : TousAntiCovid, OpenAI
Ce que cela a changé en moi : je mélange de plus en plus mon travail et mes loisirs

Les conditions sanitaires liées à la crise Covid ont favorisé une utilisation professionnelle des réseaux.
Je travaille de chez moi, comme beaucoup de gens, et je finis par confondre le temps de travail et celui où je me consacre à des projets personnels.
Grâce à la technologie sensée être de mieux en mieux maîtrisée par un nombre de plus en plus important de professionnels du numérique (développeurs, graphistes, community manager,…) l’internet était entre de bonnes mains. L’utilisation des réseaux informatiques pouvaient maintenant servir à éviter le déplacement inutile de la plupart des employés, couteux en CO2. Le stockage de papiers devenait inutile, tout étant numérisé, on allait éviter une déforestation catastrophique ! Las, il faut bien se rendre à l’évidence, le fonctionnement des serveurs, routeurs, antennes et terminaux en tout genre engloutit une énergie folle. Environ 10% de l’électricité produite chaque année dans le monde sert à les alimenter. La surconsommation énergétique absurde que le stockage de contenu obsolète disponible 24h/24, la blockchain, et l’augmentation exponentielle de la publication de données redondantes ne semblait pas trouver de limite.
La simplification administrative est une des promesses de l’internet moderne. L’expérience du Minitel en France n’avait pourtant pas tellement changé les habitudes. Cet appareil servait surtout à chercher une adresse sur les pages jaunes. Il n’avait pas rendu obsolète les échanges de courriers, formulaires à remplir, ni à la Poste, ni à la Mairie, ni aux impôts, ni à sa caisse d’assurance maladie. Il faut bien le reconnaitre, dans les multiples instances bureaucratiques, l’internet a tout changé. J’en veux pour preuve la télédéclaration mise en place au début des années 2000. Cet évènement, sans doute plus qu’aucun autre, a permis de se rendre compte à quel point le vent avait tourné. On pouvait déclarer ses revenus aux impôts sur un ordinateur relié à internet. Ce n’était pas plus simple que d’écrire ses revenus sur un papier imprimé avec des cases aux noms barbares, mais ça changeait tout. D’abord parce qu’on obtenait immédiatement le résultat de la ponction qu’effectuerait l’Etat. Ensuite car il n’était plus nécessaire de sortir ou de coller un timbre sur une enveloppe. On pouvait, sans se salir les mains, signaler à l’administration un mariage, un changement d’adresse, une augmentation de ses revenus. Dans les faits, il fallait comprendre comment installer un certificat de sécurité, noter tous les identifiants et choisir un mot de passe compliqué. On a déjà vu plus simple ! Restait à conserver l’intervention humaine, pour accompagner les moins habiles et pour aider à résoudre les problèmes liés à des situations particulières.
L’arrivée du système d’authentification unique « FranceConnect » a bien eu l’effet escompté, et à partir de 2018 il facilitera beaucoup les démarches administratives. Mais il faut bien avouer que malgré les promesses, la bureaucratie kafkaïenne française n’a toujours pas réussi à redorer son image. Les files d’attente devant les agences « France Services » nous prouvent qu’il y a encore du chemin à parcourir, s’il était besoin de le faire.
A la croisée des chemins de ces travers inhérents à l’internet moderne est née l’illusion qu’une intelligence artificielle pourrait remplacer l’intelligence humaine. Dans les faits, cette technologie a d’abord pris la forme d’algorithmes censés nous inciter à consommer un maximum de publicités en nous agitant sous le nez des récompenses virtuelles.
Et puis les assistants vocaux, constamment à l’écoute, ont pris place dans les salons de nombreux foyers. L’efficacité du contrôle et de la synthèse vocale a doucement progressé sans vraiment dépasser le stade de l’anecdote. « Dis Siri, rappelle-moi de sortir les poubelles demain matin », « Ok Google, quel temps fera-t-il demain ? ». On est loin d’une conversation tenue par les machines présentées fans les films « Blade Runner » ou « Her ». Dans le domaine de la génération de contenu assistée par l’IA, on a vu aussi des automates qui pouvaient copier le style pictural d’un Van Gogh ou d’un Rembrandt. A partir d’une photo, la machine vous refait le portrait. Elle peut même remplacer votre visage par celui d’une autre personne. Progressivement, l’idée qu’un automate puisse reconnaitre tout ce qui l’entoure sur une route et décider de l’action à mener en conséquence a jailli. Cette possibilité mettrait les conducteurs de taxi définitivement au chômage. Mais il reste encore de nombreux écueils à franchir avant d’en arriver là. La question est donc surtout de savoir quand ces systèmes seront mûrs pour être déployés en grand nombre. Imiter l’être humain dans ses tâches les plus répétitives et mémoriser des règles complexes semble être à la portée des machines. Désormais, elles peuvent aussi s’entraîner à s’améliorer pour trouver des solutions que l’être humain n’aurait pas forcément imaginées. Mais la machine n’est-elle pas intrinsèquement limitée par les compétences de ses concepteurs ?
Le découvertes récentes popularisées par la société OpenAI via son automate de génération « ChatGPT » posent questions sur cette dernière affirmation. On peut tout simplement se demander à quel moment chacun d’entre nous se verra remplacé par une intelligence artificielle. Le travail ne va-t-il pas devenir une occupation de privilégiés ?

VI. Le futur (2025- ?)
: l’IA
: l’IA
Ce que cela va changer en moi : aurais-je encore un travail ?
Acteurs incontournables : ?

Demandons à ChatGPT ce que sera l’utilisation d’internet dans le futur :
L'utilisation d'Internet dans le futur continuera probablement à évoluer et à se diversifier, mais voici quelques tendances possibles :
1. Internet des objets (IdO) : De plus en plus d'appareils seront connectés à Internet, permettant une automatisation et une gestion à distance des appareils domestiques, des équipements industriels, des véhicules, etc.
2. Réalité augmentée et réalité virtuelle : Ces technologies devraient se développer, offrant des expériences en ligne plus immersives dans des domaines tels que les jeux, l'apprentissage, le shopping, la collaboration professionnelle, etc.
3. Intelligence artificielle et apprentissage automatique : L'intégration de l'IA dans les services en ligne deviendra plus répandue, permettant des recommandations plus précises, une personnalisation accrue des expériences utilisateur et des interactions plus naturelles avec les systèmes en ligne.
4. Santé en ligne : Les services de santé en ligne continueront de croître, offrant des consultations virtuelles, des applications de suivi de la santé, des analyses de données pour la recherche médicale, etc.
5. Commerce électronique : Le commerce en ligne continuera de croître, avec une expansion des achats en ligne de produits physiques, mais aussi une augmentation des services en ligne, tels que les abonnements à des contenus numériques, les cours en ligne, etc.
6. Blockchain et cryptomonnaies : Ces technologies continueront de transformer les transactions en ligne, offrant une sécurité accrue, des paiements transfrontaliers plus rapides et une plus grande décentralisation des services financiers.
7. Sécurité en ligne : Avec la croissance des cybermenaces, la sécurité en ligne deviendra de plus en plus importante, avec des développements dans les technologies de détection et de prévention des intrusions, ainsi que dans les pratiques de protection des données personnelles.
Cependant, il est important de noter que ces prédictions sont basées sur les tendances actuelles et que l'évolution de l'utilisation d'Internet dépendra également de nombreux autres facteurs, tels que les avancées technologiques, les réglementations gouvernementales, les préoccupations en matière de confidentialité et de sécurité, ainsi que les comportements et préférences des utilisateurs.
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Hommage au trait d\'union le 16/02/2024 à 23h42


Quand on porte un nom composé comme le mien (Thomas-Penette), on devient attentif à ce petit signe qui relie les deux noms. Oserais-je dire que ce tiret me rend plus-que-parfait ? Je le dois à l’ajout du patronyme d’un arrière-grand-père lorsqu’il a adopté mon grand-père paternel.
Un trait d’union, ce n’est pas grand-chose mais ça apporte un je-ne-sais-quoi. Il tombe un peu en désuétude, mais il serait dommage qu’il soit relégué à l’arrière-boutique du vocabulaire. Rendons à ce super-héros ses lettres de noblesse avec ce portrait en clair-obscur.

Par exemple, un rond-point n’est pas un point rond • et un cerf-volant est plus léger qu’un cerf qui vole.
Un mot-clé n’est pas une clé ni un mot de passe. Quand on ajoute un tiret, on crée une unité, on ajoute du sens, contrairement au signe mathématique « - » qui soustrait.
Les mots « moins » moins « rien » valent-ils « moins-que-rien » comme le disait Raymond Devos ?

Mais le résultat de l’addition n’est pas toujours égal à la somme des mots. Un homme-objet n’est pas un objet. Un mot-valise (par exemple alicament, la contraction des mots aliment et médicament) est un mot et pas une valise.
Passons du coq-à-l’âne. Vous plairait-Il d’évoquer l’utilité du trait d’union ? Un taille-haies désigne un objet permettant de couper des haies. A ne pas confondre avec un thaï haï. Le mot thaï désigne une personne originaire d’un pays d'Extrême-Orient, la Thaïlande.
C’est une zone géographique où les habitants va-nu-pieds sont paraît-il de petite taille. Mais un des thaïs peut-il être grand ? Les thaïlandais peuvent mesurer plusieurs tailles, mais se pourrait-Il qu’ils soient nés dans les Landes ? Faut-il préciser que les landais nés au nord du département sont nommés les haut-landais (un département où soi-disant le nombre de pins est à-peu-près égal au nombre d’habitants).
Mais les néerlandais ne sont pas haut-landais. Ils viennent d’un plat pays, les Pays-Bas, qui n’est pas un plat mais un territoire. Les hollandais n’ont pas tous les pieds plats, l’ont-ils dans le même sabot ? Ils ont des moulins-à-vent, vivent au pied des digues et risquent le raz-de-marée.
En somme, c’est un colosse aux pieds d’argile mais qui vit au rez-de-chaussée et cultive des pommes-de-terre. L’argile leur sert à construire des propriétés de plain-pied, avec des briques rouges. Ces maisons-là coutent plusieurs briques, mieux vaut ne pas être sans-le-sou pour les acheter. Certains deviennent même narco-trafiquants pour se payer leur pied-à-terre.

Pour résumer, c’est fou le nombre d’informations qui nécessitent un agent de liaison pour être bien comprises. Heureusement que le trait d’union existe, sinon il faudrait l’inventer sur-le-champ ! [0] 


La naïveté le 24/02/2023 à 14h47

On m’a souvent dit que j’étais naïf.

Parfois c’était une réaction à ma façon d'afficher l'espoir d'une amélioration chez celles et ceux qui dépassaient les bornes ou ne pensaient qu’à eux-mêmes. Parfois, les mêmes personnes qui profitaient de ma tolérance ou de ma compréhension m’accusaient de naïveté. Mais je n’arrivais pas à comprendre vraiment ce qu’ils entendaient par là, et je passais à autre chose. Était-ce par manque de courage, ou par un empêchement plus profond que je ne m’opposais pas à la volonté des personnes qui me passaient devant. Qu’est-ce donc que la naïveté ?


Ce sujet ne m’a pas travaillé outre mesure avant que je lise la fable de La Fontaine « Le Savetier et le Financier ». Le savetier (un cordonnier) est heureux et chante (faux) et par conséquent son voisin qui travaille dans la finance ne trouve pas le sommeil. Il l’accuse de naïveté, puis le contamine avec ses soucis en lui offrant de l’argent. Le savetier finit par rendre l’argent qui lui avait fait perdre son insouciance. Mais le cordonnier de la fable était-il si naïf ?


Gotlib « Rubrique-à-brac »

Combien d’adjectifs ont perdu leur sens originel pour devenir péjoratifs ? Si on vous dit que vous êtes fort, c’est pour vous conseiller de faire un régime. Si votre véhicule est lent, il faut le décaler sur la voie de droite. Si vous êtes vieux, c’est que la mort n’est pas si loin... Si vous êtes gentil, c’est que vous êtes vraiment très con ! Et si on vous disait que vous êtes naïf ?

La naïveté est devenue le défaut de celui ou celle qui ne s’est pas renseigné suffisamment avant de forger son opinion. C’est l’argument qui invalide tout ce que vous pouvez affirmer.

Naïf. Ce mot a un sens particulier à mes yeux. Il désigne la candeur, ce point de vue sur le monde, vierge de toute malice, cette manière naturelle de s’exprimer, sans artifices. Le naïf est littéralement celui qui vient de naître. C’est ce qui vient d’un caractère inné (du latin nativus).
Sans a priori, la personne naïve va porter secours à ceux qui souffrent et s’étonner de la barbarie des êtres humains. Quoi de plus normal que de chercher à protéger son prochain des catastrophes naturelles et de l’injustice ?
« Il avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple. » Candide - Voltaire

Si l’expérience vous manque, mais que vous êtes préparés à la nouveauté, votre caractère peut rapidement compenser votre manque de qualification lorsque vous serez mis à l’épreuve. Le talent, certains dirons le génie, touche les personnes jeunes aussi bien que celles qui sont plus âgées. Corneille ne fait-il pas dire à Rodrigue dans Le Cid : « Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années » ? La vertu du naïf est aussi de ne pas connaître les usages et certaines barrières que les habitudes peuvent former. En agissant par instinct, ou en ne sachant pas qu’il ne suit pas les règles, il trouve des solutions que personne d’autre n’aurait imaginées.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait. » Mark Twain

Par définition, la naïveté est naturelle. On ne peut pas choisir de se montrer naïf, ce serait une hypocrisie. Et pourtant on parle d’ « Art naïf » pour désigner cette forme d’expression dans laquelle la simplicité est un choix. Si les peintres naïfs, et notamment les plus connus comme le Douanier Rousseau, choisissent d’ignorer la perspective ou la précision des couleurs et de conserver un aspect figuratif, c’est avant tout pour transmettre une émotion. Ces artistes ont comme point commun d’évoquer un paradis perdu d’où seraient absents la mort et la souffrance. Ils ne représentent pas la réalité, mais leurs rêves d’un éternel idéal dont on sortirait confiant et heureux. On imagine bien qu’un artiste naïf ne l’est pas tant que cela puisqu’il arrive à soulager nos douleurs les plus profondes. La naïveté nous ravit dès lors qu’elle fait transparaître une vérité que le cynisme nous avait fait oublier.

Le Palais Idéal du facteur Cheval

La nostalgie de l’état de grâce associé à la jeunesse et l’insouciance nous donne parfois la tentation d’y retourner d’un coup de baguette magique. Tout nous semblait plus facile quand on ne savait rien et qu’on croyait que tout était possible. Nous pourrions même être tenté de dire que c’était mieux avant (non). Et si la candeur provoque chez nous de la compassion, si parfois elle nous séduit, elle peut aussi être une source d’indifférence, d’agacement voire de moqueries.

Si l’on pouvait se « réinitialiser », comme peuvent le faire les machines, serait-on vraiment plus heureux ? Le sort de celui qui part de zéro ne semble pas si enviable. L’excès de confiance peut nous rendre victimes de la fourberie, ou nous faire tomber dans des pièges évidents. Car la maladresse du débutant peut provoquer des accidents ou être fatale. Chaque année, les Darwin Awards listent les personnes mortes dans les circonstances les plus stupides, souvent victimes de leur innocence coupable, même si parmi elles beaucoup n’étaient pas si jeune. Si les occasions de subir les conséquences de sa naïveté sont nombreuses, celles de la faire subir aux autres le sont tout autant. Combien d’offenses puériles peut-on commettre par des remarques inappropriées quand on ignore tout de la complexité du monde ? Et s’il y a bien un domaine où l’inexpérience peut provoquer des séquelles, c’est celui des relations sentimentales. Quand une aventure amoureuse s’est terminée douloureusement, on espère ne plus la revivre, ou alors pas de la même façon. Les plus sages sont ceux qui ont évolué grâce à ces expériences malheureuses.
« I've nothing much to offer
There's nothing much to take
I'm an absolute beginner
And I'm absolutely sane
As long as we're together »
Absolute Beginners – David Bowie

La naïveté est naturelle, mais nous ne nous préparons pas toujours à l’observer chez certaines personnes. Elle est familière lorsqu’on observe les maladresses d’un jeune enfant et devient tout à coup étrange et inquiétante quand elle se manifeste chez des individus qui souffrent d’une maladie mentale ou qui manquent d’éducation.
Et que dire d’une intelligence artificielle qui se trompe ou plutôt n’arrive pas à nous tromper quand il s’agit de réaliser une tâche accessible à un enfant de 6 ans ? Comme quand elle est sensée reconnaitre un visage ou un animal ?

Qu’est-ce qu’un complot ? La paranoïa nous fait parfois croire qu’un nombre considérable de gens sont capables de garder un secret sans qu’un seul membre du complot ne fasse fuiter la vérité. Cette situation nous semble a priori impossible au-delà d’un certain nombre de participants au complot. A vue de nez, entre 12 et 14. Mais notre esprit veut parfois absolument prouver ce qui n’est pas confirmé par des faits. C’est ce qu’on appelle l’auto-persuasion. Ce biais cognitif nous ancre durablement dans l’idée que la raison et la légitimité est de notre côté. L’absence de preuve devient un élément constituant un argument. Puisqu’il est impossible d’établir les faits qui provoquent un phénomène, c’est que quelqu’un essaye de les cacher. On se retrouve alors à se vanter d’être le contraire d’un naïf, alors qu’on tombe dans notre propre piège. Qu’est-ce qu’un complotiste, si ce n’est un nouveau naïf ? Encore faut-il reconnaitre que nous sommes tous enclin à tomber, à notre niveau et en fonction des circonstances, dans ce travers de l’esprit humain.
« Je sais que je ne sais rien » Socrate

C’est ici qu’il faut distinguer deux notions, la candeur et l’absence de certitude. Ce qui est certain est sans doute faux. Le novice va oser dépasser les limites que d’autres s’étaient fixé. Mais une personne expérimentée, libérée de ses certitudes, aurait tout aussi bien réussi à le faire. Tout du moins, elle y parviendra après avoir fait l’effort de renouveler son opinion, en toute humilité.
A chaque expérience, douloureuse ou non, on peut être amené à se parer d’une couche protectrice afin de ne pas vivre de nouvelles déconvenues. Ces couches névrotiques se superposent et créent des filtres qui influencent notre point de vue. Est-ce un obstacle au bonheur ? En tout cas, cela peut provoquer un déni et nous empêcher de ressentir des joies simples ou du dégoût profond. C’est pourquoi il est utile, à mon sens, de voir sous un jour nouveau les évènements qui ont jalonné nos vies. On peut ainsi les recontextualiser et les relativiser. Il existe une expression : « porter un regard neuf ». Le sujet qui nous occupe n’a pas changé, c’est nous qui le regardons sous un autre angle.
« On met très longtemps à devenir jeune. » Pablo Picasso

Si l’on veut évoquer l’état d’esprit de celui ou celle qui voudrait se délester du poids de l’expérience, on pourrait plutôt parler de légèreté. Comment faire pour se libérer de la pesanteur que notre existence nous fait subir ?

« Le bouddhisme zen repose sur un concept crucial : le shoshin 初心 ou esprit du débutant. C'est une attitude d'humilité que le pratiquant doit conserver tout au long de sa progression, quel que soit son niveau atteint. ». Même si cet état d’esprit n’est pas réservé aux personnes qui pratiquent une religion, on peut s’en inspirer pour trouver les moyens de continuer à progresser, même après avoir étudié un sujet pendant plusieurs années. Cela permet sans doute aussi de continuer à innover et à garder les yeux ouverts sur les réalités du monde.
Si on ne peut choisir de rester naïf, au moins peut-on décider de ne plus être indifférent aux maux dont souffrent notre monde. On avait peut-être un peu oublié la compassion à force de se protéger de la souffrance des autres. On s’était peut-être installé dans une routine. On avait forgé des idées préconçues, par paresse ou conformisme. Il s’agirait de sortir de cette zone de confort, et de faire l’effort de l’indignation à nouveau. On vous accusera peut-être de légèreté. Il vous suffira de répondre que vous êtes comme un(e) danseur(se) qui doit beaucoup travailler pour donner l’impression qu’il(elle) peut voler.
« Il faut être léger comme l’oiseau et non comme la plume. » Paul Valéry

Combien de sacrifices faut-il consentir pour quitter la pesanteur de notre monde imparfait ? Pour rester mobile, un travail d’assouplissement continuel est nécessaire. Pour ne pas s’alourdir, il faut se séparer de l’inutile. Pour ne pas entasser de connaissances obsolètes, il convient de les mettre à jour quotidiennement. Mais on ne peut se contenter de suivre des injonctions qui réduisent la légèreté à son expression la plus mercantile. Une valise remplie d’objets inutiles, bien qu’étant ultra-light, nous empêchera toujours d’avancer.

La prévenance, le souci de ne pas nuire, et tout ce qui peut être assimilé à de la gentillesse est souvent à tort jugé comme un comportement naïf. Mais on est loin de cela. Si l’obsession de bien faire est souvent le signe d’un manque chez un individu, elle est infiniment plus appréciable que ne peut l’être l’obsession de se faire plaisir ou de faire souffrir les autres. Connaissez-vous l’histoire de Monsieur Gentil (Roger Hargreaves) ?

« Monsieur gentil est très gentil, il fait toujours son lit. Il se brosse toujours les dents. Il essuie toujours ses pieds. Il ne claque jamais la porte. Il n'oublie jamais les anniversaires. Et il ne ment jamais. Monsieur Gentil est très, très gentil.
Or, monsieur Gentil habite Méchanville. Une ville où personne n’est comme monsieur Gentil. Une ville où les gens claquent les portes. Et ils te les claquent même au nez. (…)
Un jour, il pleuvait et le vent soufflait. Enfin comme d’habitude. Il faisait toujours mauvais à Méchanville.
Rendre service à Méchanville était impossible, inimaginable, du jamais vu. (…)
Ce n’était pas étonnant que monsieur Gentil ne soit pas très heureux. En fait, il était très malheureux.
Il décida alors de partir se promener pour réfléchir. Il marcha très longtemps. Il était tellement perdu dans ses pensées qu’il ne remarqua pas qu’il avait parcouru un long chemin. (…)
Je suis sûr que tu as deviné que monsieur Gentil habite maintenant à Gentiville. Et monsieur Gentil est heureux. Très très heureux, rendant service toute la journée. » [0] 


Auteur du script: M@teo21


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Il s'agit du site de l'Institut que dirige mon père, Michel THOMAS-PENETTE. Allez-y, les informations qui s'y trouvent sont très claires et ne concernent pas que les professionnels.



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"C'est un dessein très dangereux
Que d'entreprendre de plaire :
Les délicats sont malheureux ;
Rien ne saurait les satisfaire."
La Fontaine


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mis à jour le 06/12/2025 à 23h57