date: samedi 05/10/1985 (9 ans) lieu: Paris
Nous allons voir l'oeuvre de Christo, l'emballage du Pont-Neuf à Paris. Il faisait beau, je crois me souvenir qu'on a pris des photos. Il y avait une ambiance un peu surréaliste dans ce quartier, où les gens s'arrêtaient, se parlaient, c'est rare ! Ils reconnaissent que le moment qu'ils étaient en train de vivre était exceptionnel. Dans quelques jours, l'installation sera démontée. Nous voyons un attroupement, ce sont les deux artistes qui arrivent, un peu agacés par la foule qui se presse autour d'eux. Nous repartirons avec un morceau de la toile qui a servi à entourer le pont, une sorte de polyester brillant très fin de couleur beige. (écrit le: 2011-08-20) catégorie: évènements - année: 1985
date: vendredi 14/07/1989 (13 ans) lieu: Colombes
200 ans depuis la Révolution française. Mitterrand voulait que ce soit une grande fête. Comme il avait été réélu l'année précédente, on était encore dans cet état de grâce qui suit l'euphorie des élections présidentielles. Il a demandé à Jean-Paul Goude de faire un "show", et de voir grand. Par conséquent, Goude avait prévu un défilé le long des Champs-Élysées, de nuit, comme un contrepoint au traditionnel défilé militaire. Cette semaine là, nous étions chez mon père pendant la moitié des vacances que nous passions chez lui. Nous regardons ce spectacle sur la petite télévision du salon, dans l'appartement qu'il occupait avec Christine et Marie avenue François Bernier. De nombreux spectateurs s'étaient massés sur les deux côtés de l'avenue. Des danseuses avançaient en valsant dans des robes rondes gigantesques équipées de roues. La fanfare passait en tapant sur de grosses caisses. On peut dire que l'ambiance était à mi-chemin entre un Fest-noz de Quimper et un défilé de mode de Jean-Paul Gaultier. Christine attendait avec impatience le premier "couac" de la soirée. A un moment, un des artistes équipé d'un chapeau en forme de tube s'étale de tout son long et Christine était contente. Une grande locomotive, escortée par des musiciens qui tapaient sur des bidons, évoquait la révolution industrielle. De petites lampes portatives éclairaient les visages des comédiens qui défilaient. Les différentes révolutions du Monde entier étaient représentées dans de véritables tableaux vivants. Vu depuis la lucarne de la TV, ce show semblait un peu lointain, tout était surtout très sombre, car les caméras captaient mal les faibles lumières. Les costumes rappelaient le passé colonial, les manifestations politiques, et la diversité des origines de la France. Le sommet du G7 avait lieu à Paris ce jour là. Georges et Barbara Bush étaient donc dans le public, et semblaient dans leur élément, ce qui peut sembler étonnant, car l'état d'esprit de cette fête était franchement éloigné de leurs valeurs. A un moment, Jessye Norman a chanté la Marseillaise, et a éclairé la soirée d'une lumière inoubliable. (écrit le: 2012-12-09) catégorie: évènements - année: 1989
date: jeudi 02/08/1990 (14 ans) lieu: Colombes
Il y a des évènements qui marquent. Parfois, il n'est pas nécessaire d'être personnellement impliqué dans une histoire, pour avoir le sentiment de la vivre de l'intérieur. C'était la première fois que des images aussi précises d'une guerre en cours nous parvenaient par les écrans de télévision. Plus tard, la guerre de Yougoslavie nous marquera par l'absence d'images qui la rendait encore plus mystérieuse. Cette transparence était assez suspecte. Surtout, aux yeux des français, on était là-bas "pour le pétrole". Il y avait d'autres conflits armés sur Terre, mais nous ne n'y envoyions pas nos soldats rendre la justice. On craignait sûrement un nouveau choc pétrolier. Je me souviens des conférences de presse du Général Schwartzkopf, nous détaillant les objectifs à atteindre par le "dispositif" mis en place. Les journaux télévisés passaient en boucle des images filmées en infra-rouge, montrant des colonnes d'obus vert clair s'envolant dans les airs comme des feux d'artifice dans un ciel vert foncé. On pouvait également voir des vidéos en noir et blanc, montrant un missile à tête chercheuse s'abattre sur des sites irakiens 'stratégiques'. Ce sont les frappes soi-disant chirurgicales de l'armée américaine. C'était fascinant. Le présentateur nous mettait en garde: "ces images peuvent heurter". Et pourtant, on ne voyait pas de morts. A posteriori, c'est terrifiant quand on pense aux dommages collatéraux. Tout se passait en direct, devant nos yeux, on ne pouvait donc pas nous mentir se disait-on. (écrit le: 2012-12-09) catégorie: évènements - année: 1990
date: dimanche 12/07/1998 (22 ans) lieu: Strasbourg
La victoire de la France à la Coupe du Monde de Football. Avant cette date, je dois dire que le foot évoquait quelques mauvais souvenirs pour moi. Je n'ai jamais été un bon joueur de champ, j'avais donc souvent le rôle du gardien de but. C'est un sport où on s'emporte souvent, grisé par l'objectif de marquer. On oublie parfois qu'on joue sans protections, et j'ai parfois blessé quelqu'un sans le vouloir, et pris aussi quelques coups. Il est vrai que le niveau d'une cour d'école est très différent de celui d'une Coupe du Monde! Cette fois, il était question de beau jeu, celui qu'on aime voir. C'est un sport télégénique, et cette fois, c'était au tour de la France de l'organiser, et de la gagner. Les français n'arrivent toujours pas à admettre que leur tactique en 1998 consistait à fermer le "cadenas" plutôt qu'à créer des occasions. Et puis, reconnaissons-le, on jouait à la "maison". On peut quand même tirer un coup de chapeau à ces joueurs: Zinédine Zidane, David Trézeguet, Thierry Henry... Lizarazu, Blanc, Thuram. Ils nous ont montré qu'il y avait quelque chose d'harmonieux dans ce sport qui dépasse parfois les barrières culturelles et idéologiques. Ce qui m'a définitivement réconcilié avec le foot, c'est cette émission sur France 5, qu'animait Stéphane Paoli: "Planète Ronde". Il évoquait avec le footballeur Max Bossis l'histoire des Coupes du Monde successives, et leur impact sur la société. Il y a quelque chose d'universel dans ce sport. Mais c'est aussi un des derniers à donner un sentiment de fierté aux européens. Les premières places sont souvent occupées par les Etats-Unis et la Chine dans les autres évènements internationaux. Je n'ai suivi que les matchs importants, sur mon petit poste de télévision dans le studio de Strasbourg que j'occupais. Ce 12 juillet, je suis sorti de chez moi après le match pour voir les cortèges de voiture agitant le drapeau tricolore, et voir les gens heureux faire la fête. L'"effet" Coupe du Monde n'a pas duré longtemps, mais je dois avouer que j'en ai un peu bénéficié dans les mois qui ont suivi cet évènement. Moi qui ne vais pas naturellement vers les autres, je dois dire que ce sujet de conversation a favorisé le dialogue. D'autant que je me préparais à entrer dans une période incertaine, où les rapports humains allaient prendre une part importante: le service militaire ! (écrit le: 2012-02-11) catégorie: évènements - année: 1998
date: mercredi 11/08/1999 (23 ans) lieu: Dambach-Neunhoffen
Éclipse solaire de 1999, j'ai décidé d'aller dans les Vosges pour la voir. Train jusqu'à Niederbronn-les-bains, puis avec mon vélo jusqu'à Dambach pour être plus proche de la zone de totalité. Je visite un peu la ville, un peu déçu par la météo qui va nous gâcher le spectacle. Arrivé sur un terrain de foot, je suis entouré par une centaine de personne, des curieux, équipés des fameuses lunettes qui étaient vendues dans certains magazines. J'ai encore les miennes aujourd'hui. 12h, ça y est, le spectacle commence, il fait un peu plus sombre. Malheureusement il pleut. Progressivement, on entend les chiens aboyer, puis les oiseaux chanter. Par une trouée dans les nuages, nous observons le soleil se cacher. Il est 12h30, la nuit tombe, les oiseaux arrêtent leurs chants. Je prend une photo avec l'appareil de mon père. Les gens sont médusés. Quelques minutes qui durent des heures. Le jour revient, j'ai l'impression d'avoir vécu la même chose que des millions d'autres gens. Je redescend la colline et reprend le train. Retour sur Terre. (écrit le: 2011-08-04) catégorie: évènements - année: 1999
date: jeudi 22/03/2001 (25 ans) lieu: Paris
Encore une fois, je ne sais pas comment rejoindre mon lieu de travail. Évidemment, je sais à quoi sert une grève, je ne remet pas en cause les raisons de son existence. Cependant, pour moi, elle se traduit par une recherche du moyen le moins couteux pour les nerfs de me déplacer. A la gare de Houilles, on nous fait courir d'une voie à l'autre par les sous-terrains à chaque annonce contradictoire. Quand un train finit par arriver, ceux qui sont à côté des portes arrivent à rentrer dedans. Bref, il m'avait fallu deux heures pour venir. J'avais travaillé d'humeur maussade, et la fin de la journée arrivait... Le métro 6, qui fonctionnait encore, m'amène à la station Alma Marceau, clairement pas le bonne direction. Je n'ai pas vraiment pris une bonne décision, mais mes nerfs ont lâché, je préfère marcher plutôt que de me serrer encore dans un wagon. Je remonte l'avenue Montaigne pour rejoindre la gare St Lazare à pied, je m'en fous. Alors que je bouillais intérieurement, je croise en chemin une personne qui me demande si ça ne me dérange pas de me faire couper les cheveux. C'est vrai que j'avais les cheveux longs, mais je ne comprend pas pourquoi il me demande ça à moi. Il me montre l'entrée de ce qui semble être un club privé dans un immeuble de grand standing. En fait, il passe un entretien d'embauche. Le patron du salon de coiffure de luxe lui a demandé de coiffer une personne gratuitement pour prouver ses capacités. Je ne me suis pas fait prier, je remercie tout le monde et m'installe dans le fauteuil tout confort. Autant profiter de l'occasion. Mes cheveux sont durs à couper, épais et assez raides. Malgré cela, le candidat est doué, et je sors avec une coupe réussie et un joli dégradé au niveau du cou. Même si je n'y connais rien, je dois admettre que le résultat est pas mal. Le patron m'a même offert des rasoirs jetables, ceux pour lesquels André Agassi faisait la pub à ce moment là. Le bilan de la journée est finalement assez positif. Vive la grève ! (écrit le: 2011-11-27) catégorie: événements - année: 2001
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